Critique PinkPunk Cirkus -Joël Jouanneau

Pièce de théâtre contemporain pour la jeunesse.

Pièce de théâtre contemporain pour la jeunesse.

Situé en Ardoisie, proche de la vaste pampa, Pink, Punk, Manouch et Ficelle sont un peu comme les enfants perdus de Neverland. Faisant leur cirque, l’Apache (Punk) et la Grande (Pink) racontent l’abandon de leur mère avec leurs mots d’enfants. On apprend qu’ils ont été rejoint par Manouch et Ficelle lors de leur récit. Eux aussi seuls et sans adultes. Le livre commence sur une longue didascalie poétique et intrigante. Il donne le ton de la pièce, un ton poétique, rythmé ou les jeux de langages ont une place importante. Tout est dans le recul, dans l’épicisation : les personnages ne sont pas dans l’action, ils sont dans la narration. Ce procédé permet à Joël Jouanneau un véritable travail sur la langue, jouant des erreurs des enfants (le Gros Madaire, la surcopulation), leurs incompréhension (comme avec le mot éternel), les expressions toutes faîtes (Ficelle serait né de la dernière pluie : il est arrivé la veille) ou encore les moyens mnémotechnique avec Ornicar.

Cette langue permet de raconter, sans pathos, l’abandon, qui est un phénomène douloureux dans la vie d’un enfant, avec un détachement assez remarquable. Au contraire, le livre tend à montrer que justement la vie continue. Ces enfants sont isolés, mais ils sont ensemble et ils continuent à faire leur cirque. D’ailleurs, dès le départ, lorsqu’ils parlent de leur mère, ils ne l’appellent pas maman, mais la vieille Agapée. Il y a une prise de distance, qui permet d’orienter plus la pièce vers la suite : ils se proclament majeurs et vont aller faire leur cirque dans la vaste Pampa. Et pour se faire, ils travaillent leurs numéros. Des numéros sans animaux, où le jeu se fait sur les mots.

Les liens entre les personnages aussi sont travaillés, tandis que Punk prend les devant et dirige, Pink le suit (il la rassure), Manouch signe un contrat pour danser et jouer du banjo (elle est parfaitement intégrée) et Ficelle, lui, est sans cesse repris par ses camarades. En effet, il est arrivé de la veille et veut prendre par à la narration, mais on lui rappelle sans cesse qu’il n’était pas là. C’est un aspect humoristique qui rappelle la volonté des enfants d’attirer l’attention sur eux. Des enfants qui d’ailleurs, se disent majeur : à travers cette image, on voit que l’abandon fait grandir plus vite l’abandonné. La figure du père est totalement absente. Mais on peut voir en Ficelle un personnage de la providence. Il n’y a pas de suspense, dès le début on sait que la mère ne reviendra pas. Elle part par le bout du bout de la fin du chemin de ce coin perdu, ce qui renforce l’isolement de Pink et Punk, d’ailleurs la vespa sur laquelle elle s’en va est rouge, ce qui peut évoquer l’étoile du Berger, qui est rouge elle aussi. Les enfants perdent leur guide. Mais on apprends que Ficelle arrive sur cette même Vespa rouge. Et il deviendra l’administrateur du PinkPunk Cirkus.

Il y a aussi un comique subtil qui est développé tout au long de la pièce : les remontrances de Ficelle qui reviennent, les maladresses de langages (le gros madaire), ou encore, des petits gags comme lorsque Manouch explique que pour le banjo, elle ne sait jouer que d’une corde et que sept notes, s’en est toujours six de trop. Mais qu’en revanche elle sait jouer des maracas. Car c’est dans un univers hispanique que nous sommes plongés : avec la séguedille, la pampa, les maracas… Ce qui ajoute au dépaysement déjà marquant de la pièce. Le livre se termine, lorsque tous décident de faire leur cirque en ville. Ficelle devient la grosse voix. Et ils finissent par faire le spectacle et gagner de l’argent, mais on voit que ce n’est pas ce qu’ils recherchent. Ils arrivent à être heureux, malgré l’abandon de leur mère. Malgré leur isolement et malgré leur solitude. Jouanneau réussi donc le pari d’écrire une pièce sur le thème douloureux de l’abandon, mais sans entrer dans pathétique, de manière très contemplative et surtout très poétique, ce qui fait de cette histoire, une très jolie aventure. Une allégorie qui donne de l’espoir : on voit que les enfants réalisent leurs rêves, même s’ils ont été abandonnés par leur mère.

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