Schönberg et la Musique Moderne.

opera Orchestre National Lyon_5

Pour commencer. Je vais faire un peu de terminologie. Qu’est-ce que la musique moderne ? La musique moderne, c’est la musique « classique » de la première partie du XXème Siècle. Mais vous allez voir par la suite qu’utiliser le terme de musique classique pour parler de musique moderne, ce n’est pas juste. Parce qu’à la base, « musique classique » est un terme utilisé à tord pour définir l’ensemble de la musique savante, qu’elle soit liturgique ou profane (non religieuse). La musique classique à proprement parlé, c’est l’ensemble de la musique savante composée entre la mort de Jean Sébastien Bach (musique baroque) en 1750, jusqu’à la naissance de la musique romantique en 1820. Les principaux représentants de ce mouvement sont Mozart, Haydn et la musique du jeune Beethoven (qui s’éloignera du classicisme pour devenir l’un des premiers romantiques). La musique classique est définie par de nombreuses règles très strictes et on utilise des formes précises telles que la sonate : une exposition de deux thèmes différents (dans une tonalité différente) entrecoupé d’un pont, suivit d’un développement qui joue sur la tension des différents thèmes, et se conclut par une ré-exposition des deux thèmes et du pont, mais dans la même tonalité. Ce sont ces formes ponctuées de cadences et jouant sur la répétition qui font de la musique classique une musique très régulière. Donc, parler de musique classique, au XXème Siècle, c’est un non sens.

Haydn, Mozart et le jeune Beethoven.

Haydn, Mozart et le jeune Beethoven. Compositeurs classiques. La première école de Vienne.

Je parlerais donc de musique savante. (La musique est dite savante, en opposition à la musique populaire du Moyen-Âge à nos jours. Elle regroupe toute la musique écrite (partitions), théorisée et adoptant des structures précises. Quelle soit liturgique ou profane. Elle regroupe la musique baroque, classique, romantique et moderne. C’est ce que l’on appelle à défaut musique classique, mais qui couvre des mouvements musicaux très différents. )

Maintenant, nous pouvons enfin en venir à la notion de musique moderne. La musique moderne, donc, c’est la musique savante de la première partie du XXe Siècle. Ces principaux représentants sont Debussy, Satie, Stravinski, Bartók, Strauss, Ravel, Schönberg etc. Contrairement aux précédents mouvements musicaux, il n’y a ni règles, ni unité de style. Si ce n’est l’expérimentation. On les regroupe sous cette casquette à cause de la chronologie, mais il y a de nombreuses esthétiques, souvent opposées les unes avec les autres. Telle que la tonalité et l’atonalité.

Bartok, Ravel et Debussy, des modernes.

Bartok, Ravel et Debussy, des modernes.

D’ailleurs, ce qui est notable par exemple. C’est que le « trio » qui a été le plus précurseur de la musique moderne, est ce que l’on appelle la Seconde Ecole de Vienne. On utilise le terme d’école pour l’utilisation de plusieurs compositeurs de mêmes principes sur le plan du style, du langage et de la forme musicale. Il est composé de Schönberg, Berg et Webern, connus pour l’utilisation de procédés totalement nouveaux, rejetant totalement la tonalité. La seconde école de Vienne décompose la musique. Déconstruit l’assemblage traditionnel pour se tourner vers l’utilisation d’un nouveau langage musical. Alors que la première école de Vienne est justement composée de Mozart, Beethoven et Haydn. Nous avons donc ce schéma : La première école de Vienne construit et structure la musique savante. Et la seconde école, est au contraire, dans la destruction de tous ses codes. Ce qui fait que parler de musique classique pour la musique moderne est encore plus paradoxal.

Schönberg, Berg et Webern, modernes de la deuxième école de Vienne.

Schönberg, Berg et Webern, modernes de la deuxième école de Vienne.

La musique moderne est extrêmement diversifié. Comme je l’ai dis. Il n’y a aucune unité de style. Ni de langage. Je vais donc vous parler d’un pan de cette musique. C’est à dire des compositeurs faisant de la musique atonale. En particulier de Schönberg. Puisque pour moi, c’est la plus novatrice.

Je vais donc vous parler des principales nouveautés dans l’écriture de ce courant musical. Tout d’abord. Depuis le début de musique atonale, la musique atonale, qu’est-ce que c’est ? C’est une écriture musicale rejetant le système tonal de la musique occidentale (gammes, harmoniques etc.), c’est une totale remise en question de la musique savante connue jusque dès-lors. On favorise l’expressivité et la dissonance pour exprimer des atmosphères angoissées et torturées. Ensuite, ce qui va de paire (souvent), avec la musique atonale, c’est la musique non pulsée. Musique où on ne peut pas battre de rythmes précis. Et où on laisse place à l’expressivité la plus totale. Rejet des cadences et autres principes utilisés jusque là dans la musique savante occidentale. 

Ces structures générales sont également complétée par des modes de jeux nouveaux. Pour le chant, il y a le Sprechgesang : (de l’allemand : schprachen : parler et singen chanter : le parlé-chanté). Ce procédé vocal inventé par Humperdinck et mis à l’honneur par Schönberg lors de son Pierrot Lunaire. L’orateur ne doit ni parler, ni chanter, mais être entre les deux. Malheureusement ce procédé n’est pas clairement défini, le texte doit juste être énoncé en suivant des hauteurs de voix écrites par le compositeur. Musicalement, on rejette aussi les systèmes d’écriture classique avec des accords composés de tierces et de quintes. On utilise le dodécaphonisme. Il s’agit d’un système harmonique composé d’une suite de douze notes chromatiques (do do# ré ré# mi fa fa# sol sol# la la# si) inventé par Schönberg. La succession de ces notes jouées les unes à la suite des autres provoque une dissonance, un malaise pour l’oreille de celui qui n’est pas habitué à écouter de la musique avec des notes suivant un intervalle aussi court, au service de l’expressivité. Et avec le dodécaphonisme, il est possible de faire un complexe sonore étagé, c’est à dire, de jouer progressivement toutes les notes que peuvent jouer un instrument en même temps, en partant de la note la plus grave à la plus aigu. (registres extrêmes). Très dissonant et dérangeant. Varèse en était un fervent utilisateur. Webern, a lui aussi, mis en valeur un autre style de jeu. C’est la Klangfarbenmelodie. De l’Allemand Mélodie de timbre, il s’agit de prendre une ligne musicale et de faire jouer chaque instrument une note de cette ligne les un à la suite des autres sans briser le rythmes. (comme si en lisant un texte, chacun son tour lisait un mot sans briser le rythme de lecture). Tous ses procédés ont permis de révolutionner la musique savante. Et suite à ça. Certains compositeurs sont aller encore plus loin.

Notes utilisées en dodécaphonisme pour faire des montées ou des descentes chromatiques. (demi ton par demi ton.)

Notes utilisées en dodécaphonisme pour faire des montées ou des descentes chromatiques. (demi ton par demi ton.)

En effet, une fois ces évolutions entrées dans les mœurs. Certains compositeurs ont décider de créer une autre musique savante. C’est ainsi que l’on bascule progressivement à la musique savante contemporaine. Il y a d’abord, la naissance de la musique mixte, alternant parties orchestrales et musique électroacoustique avec l’enregistrement sur bande magnétique à l’époque, de sons du quotidien, modifiés manuellement pour obtenir des sons nouveaux. Avec notamment Varèse et son oeuvre Désert.

Puis. La musique instrumentale fini par totalement disparaître avec la naissance de la musique concrète ou acousmatique , musique où le son enregistré est travaillé pour obtenir une création artistique. C’est en opposition à la musique abstraite (où on utilise des instruments, des partitions etc.). Et progressivement, de nouveaux instruments voient le jour. Tels que les onde martenot (Instrument inventé par Maurice Martenot, il s’agit de l’un des plus anciens instruments électronique de 1918, composé d’un clavier et de divers mécanismes, il permet de modifier la fréquence du son et évoque des « vois venues d’ailleurs ».) ou alors, les pianos préparés de John Cage (piano sur lequel on installe des objets directement sur les cordes afin de modifier les notes produites par le clavier.)

Une Onde Martenot.

Une Onde Martenot.

Ce sont toutes ses évolutions qui ont fait de la musique moderne, une musique totalement inédite. Mais comme dit plus haut. Dans la musique moderne il y a aussi de la tonalité. Et d’autres choses encore diverses et variées. Cette liste n’est pas exhaustive. Néanmoins je voulais parler de ce sujet qui me plaît beaucoup et qui est trop souvent oublié.

Schönberg.

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Petite biographie : 

Né le 13 Septembre 1874 à Vienne et meurt le 13 Juillet 1951 à Los Angeles. Il est à l’origine de nombreux bouleversement de la musique tonale. Il fonde avec ses élèves Berg et Webern la seconde école de Vienne. Puis il devient professeur de musique. Il a eu pour élève notamment John Cage. Il compose au début de sa carrière des œuvres dans lequel on sent son admiration pour Wagner et Strauss, puis il s’éloigne de la musique tonale pour finir par ne plus du tout utiliser ce système. L’Europe est divisée entre musique tonale et musique atonale. C’est le Sprechgesang avec le Pierrot Lunaire en 1912 qui marqua définitivement la rupture et fait de lui l’un des compositeur les plus influent de son temps. Mais les anti-atonalistes n’hésitent pas à perturber ses concerts et à demander son renvoi de son rôle de professeur. Juif et membre d’un courant artistique que le régime nazi considère comme dégénéré, Schönberg est obligé de fuir son pays en 1933. Il s’installe aux États-Unis. En 1948 il compose Un Survivant de Varsovie. Un oratorio (œuvre lyrique dramatique, sans mise en scène, ni décor, composé pour une voix soliste (narrateur) et un orchestre, son sujet et souvent religieux, mais parfois aussi profane.). A la fin de sa vie il revient vers une forme de tonalité et enseigne la musique jusqu’à sa mort.

Un survivant de Varsovie :

Morceau composé par Schönberg en 1948, elle est pour un narrateur pratiquant le sprechgesang en anglais (avec quelques exclamations allemandes), un orchestre et un choeur d’hommes chantant en Hébreux. Le morceau raconte l’histoire d’un survivant de Varsovie qui ne se rappelle pas comment il a atterri dans un camp de concentration. Il raconte son histoire et le morceau se termine par un chant hébreux extrait du Deutéronome, livre du canon de la Bible.  C’est un morceau qui me plaît beaucoup. Très expressif. Très fort. Tout au long du morceau, malgré la non pulsation, malgré l’atonalité, on sent une tension qui va crescendo jusqu’à la fin. Le chant en hébreux où elle atteint son paroxysme.

Les paroles : 

I cannot remember everything. I must have been unconscious most of the time. I remember only the grandiose moment when they all started to sing, as if prearranged, the old prayer they had neglected for so many years – the forgotten creed! But I have no recollection how I got underground to live in the sewers of Warsaw for so long a time.

 The day began as usual: Reveille when it still was dark.Get out! Whether you slept or whether worries kept you awake the whole night. You had been separated from your children, from your wife, from your parents; you don’t know what happened to them – how could you sleep?

 The trumpets again – Get out! The sergeant will be furious! They came out; some very slowly: the old ones, the sick ones; some with nervous agility. They fear the sergeant. They hurry as much as they can. In vain! Much too much noise, much too much commotion – and not fast enough! The Feldwebel shouts: “Achtung! Stillgestanden! Na wirds mal ? Oder soll ich mit dem Jewerkolben nachhelfen? Na jutt; wenn ihr’s durchaus haben wollt“. The sergeant and his subordinates hit everyone: young or old, strong or sick, guilty or innocent. It was paintful to hear them groaning and moaning. I heard it though I had been hit very hard, so hard that I could not help falling down. We all on the ground who could not stand up were then beaten over the head.

I must have been unconscious. The next thing I heard was a soldier saying: “They are all dead”, where upon the sergeant ordered to do away with us. There I lay aside – half-conscious. It had become very still – fear and pain.

Then I heard the sergeant shouting: “Abzählen!” They started slowly and irregularly: one, two, three, four – “Achtung!” the sergeant shouted again, “Rascher! Nochmal von vorn anfangen! In einer Minute will ich wissen, wieviele ich zur Gaskammer abliefere! Abzählen!” They began again, first slowly: one, two, three, four, became faster and faster, so fast that it finally sounded like a stampede of wild horses, and all of a sudden, in the middle of it, they began singing the

Shema Yisroel:

Shem’a Yisroel Adonoy eloheynu Adonoy ehod

Veohavto et Adonoy eloheycho bechol levovcho uvchol

nafshecho uvechol me’odecho

Vehoyu hadevorim hoele asher onochi metsavecho hayom

‘al levovecho

Veshinontom levoneycho vedibarto bom beshivtecho

beveytecho uvelechtecho baderech uvshochbecho

uvekumecho.

Traduction :

Je ne peux pas me rappeler de tout, j’ai dû perdre conscience tout le temps. Je ne me souviens que du grandiose instant où, comme un fait exprès, tous se mirent à chanter la vieille prière, négligée depuis tant d’années ; la foi oubliée ! Mais j’ignore comment j’ai pu me retrouver sous terre, à vivre dans les égouts de Varsovie pendant si longtemps Journée habituelle. Réveil bien avant le jour. Sortez ! Que le sommeil ou les soucis aient habité toute votre nuit. Vous êtes loin des vôtres, de vos enfants, de votre femme, de vos parents ; vous ignorez où ils sont, comment dormir ?

 Les trompettes encore. « Sortez ! le sergent sera furieux ! ». Ils sortaient, les uns au pas, les vieillards, les malades ; d’autres, nerveux se bousculant. Ils craignent le sergent. Ils se dépêchèrent comme ils le pouvaient. En vain ! Beaucoup trop de bruit, trop d’agitation, et pas assez vite ! Le Feldwebel crie : “Silence! Gare à vous! Soit, vous obéissez, ou faut-il que je vous aide avec la crosse de mon fusil ? Eh bien, si vous y tenez absolument ! » Le sergent et ses subordonnés frappèrent tout le monde : jeune ou vieux, fort ou faible, responsable ou innocent. Quelle peine de les entendre geindre et se plaindre. J’ai entendu, bien qu’on m’ait frappé bien fort ; si fort que je suis tombé malgré moi. On frappa ensuite sur la tête tous ceux d’entre nous qui ne pouvaient se relever.

 J’ai dû perdre conscience. Je me souviens ensuite d’un soldat disant : « Ils sont tous mort. » Et puis, le sergent ordonna qu’on nous enlève de là. Je gisais à l’écart, mi-conscient ; il y eut alors un grand calme. Crainte et souffrance. Puis j’entendis le sergent crier : « Comptez-vous ! »

Ils commencèrent lentement et irrégulièrement : un, deux, trois, quatre. « Silence ! », cria à nouveau le sergent. « Plus vite ! Recommencez ! Dans une minute je veux savoir combien j’en envoie à la chambre à gaz ! Comptez-vous ! ». Ils recommencèrent, d’abord lentement : un, deux, trois, quatre, puis de plus en plus vite que si c’était le bruit d’un galop de chevaux sauvages, et soudain en plein milieu, ils commencèrent à chanter le Shema Yisroel :

Ecoute, Israël ! L’Eternel, notre Dieu, est le seul Eternel.

Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute

ton âme et de toute ta force.

Et ces commandements que je te donne aujourd’hui

seront dans ton cœur.

Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand

tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand

tu te coucheras et quand tu te lèveras.

Deutéronome 6, 4-7

Pour aller plus loin. Je vous propose, d’autres morceaux de musique moderne que vous pourrez écouter.

Webern – BACH WEBERN Fuga (Offrande musicale Ricercar à 6 voix) (orchestration utilisant la Klangfarbenmelodie)

Pierre Henry – Variation pour une porte et un soupir (1963) (Musique concrète ou acousmatique.)

André Jolivet – Concerto pour Onde Martenot et orchestre (1947)

Varèse – Désert (1954) (Exemple de musique mixte.)

John Cage – A Room (morceau pour piano préparé)

Maurice Ravel – Ma Mère l’Oye (exemple de musique moderne tonale)

Olivier Messiaen – Cinq Rechants (1948) > Musique moderne vocale

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Le bal des Nigauds @ MJC de Guilherand Granges, le 18/05/13

DSCN0792Le 18 Mai a été une journée musicalement très remplie. Après le concert de la fête de l’Europe de l’après-midi. Le soir avait lieu un concert du Bal des Nigauds à la MJC de Guilherand Granges à 20h. A la base, la soirée devait avoir lieu sur l’Esplanade de la MJ, malheureusement, à cause de la pluie, la soirée s’est déroulée dans la Beaulieu (centre aéré de Guilherand Granges). La pluie découragea également de nombreuses personnes qui fit que cette soirée se déroula dans un comité restreint, néanmoins très convivial et chaleureux.

DSCN0794Musicalement, le Bal des Nigauds, c’est très sympa. C’est bien fait. Ça roule. Visuellement, ça le fait, tous trois pieds nu, vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise rouge, ils mettent à l’aise. Les voix sont agréables. Les musiciens multi-instrumentistes changent de place à tour de rôle pour utiliser tantôt la guitare, puis la batterie, ou encore, une espèce de contrebasse de fortune intrigante, mais au son néanmoins plus qu’intéressant. Les compositions, sont surtout des détournements de chansons (comme « Les champs et les Prés ».) Ce n’est pas le groupe du siècle. Nonobstant, il s’agit d’un groupe d’animation de qualité, très sympathique, proposant des morceaux dansants dignes de bals populaires. C’est à dire le groupe parfait pour ce genre de soirées festive auxquelles il fait bon d’aller.

Valence fête l’Europe – 18/05/13

Ce Samedi après-midi, Valence a connu son Eurovision. En invitant cinq groupes provenant de villes jumelles il a offert aux spectateurs une après-midi placée sous le signe de l’éclectisme et du partage. Le concert a commencé aux alentours de 13h40 et s’est terminé vers 18h et c’est 2 plus 1 de Satu Mare en Roumanie qui a ouvert le bal. Composé de deux filles et d’un garçon, tout trois jeunes (16/17 ans), ce groupe formé il y a 2/3 semaines a impressionné le jury et le public au bout de quelques instants. Les trois voix sont belles, l’harmonie est trouvée et ils sont aussi multi-instrumentiste (piano, guitare, flûte), ce qui donne de nombreuses possibilités au groupe. Malheureusement, comme 2 plus 1 n’a que quelques semaines, ils n’ont pas pu présenter de compositions (laps de temps trop bref) et ont du coup proposés un répertoire plutôt de variété : We are the world, You raise me up… De la chanson à voix, en somme, pour eux trois qui ont de belles voix et qui chantent juste, surtout. Ce fut une jolie prestation, tout en douceur et humilité qui a ainsi ouvert cette après-midi musicale.

Reprise d’une chanson Roumaine dont j’ignore le nom.

Extrait de leur version de You Raise Me Up (désolée pour la mauvaise qualité d’image, j’avais oublié de passer en HD..)

Au bout d’une bonne demi-heure, 2 plus 1 termine sa prestation. C’est le temps d’une petite pause… Qui dura plus longtemps que prévu, car Stefano Corona (le trio Italien), avait disparu. Mais quelques minutes après ils ont fait leur grand retour et ont pu monter sur scène. Légèrement plus âgé que le groupe précédent, c’est dans un tout autre style que nous avons été plongés. Composé d’un chanteur et de deux guitaristes acoustiques, choristes, nous sommes un peu dans le « cliché » Italien. Quelques balades très expressives avec un chanteur qui bouge beaucoup, qui joue avec sa voix dans différents registres et qui est véritablement la star du groupe. On ne voit que lui, il utilise très peu ses choristes qui eux aussi chantent juste. Ils ont interprétés quelques compositions en italien, mais aussi quelques reprises en anglais. C’était sympa. Si on oublie un peu le côté artificiel du chanteur légèrement diva, Stefano Corona a tout de même une voix très jolie, modulable et qu’il maîtrise parfaitement. C’était une jolie prestation, car quoi qu’on puisse dire, ce trio a fait le show, rien à voir avec 2 plus 1 qui était plus dans la retenue. Les guitaristes étaient eux aussi très doués.

La chanson italienne par excellence.

Jolie reprise de One Day d’Assaf Avidan. Pas évident, mais il s’en sort bien.

Une fois le set des Italiens terminé, ce fut au tour des français des Crimers de venir sur scène. Encore une fois, changement total de registre. On passe a du rock en anglais (ce qui est dommage quand on représente un pays.) Musicalement, c’est bien fait. Malheureusement, c’est un peu du vu et revu. Les compositions étaient simples. Ce qui fait que malgré le look anglais classe que tous les membres avaient… Il n’y avait rien de transcendant. Ça se laisse écouter, mais ça n’apporte pas grand chose au monde de la musique. L’un des guitaristes bougeait beaucoup. Ils ont mis l’ambiance. Mais une fois les premières compositions passées, on a l’impression que ça tourne un peu en rond, même si, encore une fois, dans le style c’est plutôt bien mené. Ce fut, néanmoins, un bon moment malgré tout.

Une composition dynamique. Certes, pas très innovantes, mais sympathique tout de même.

Plus dans le style dub, c’est la composition qui s’éloigne le plus du registre constant du groupe.

Vint alors le tour du groupe allemand Homemade. Cette fois-ci, l’écart des registres est beaucoup moins important, puisque le quatuor proposait de la pop bien rythmée. Malheureusement encore une fois, les paroles étaient en anglais, ce qui est fort dommage, mais c’est ainsi. Les musiciens étaient jeunes, mais pour autant leurs morceaux étaient au point, c’était efficace. Les compositions encore une fois, n’étaient pas transcendante, surtout que les voix des deux chanteurs n’étaient pas non plus, les voix du siècles. Mais il n’empêche qu’ils étaient bien plus simple que les Crimers ce qui les rendait aussi plus agréable à écouter et à voir. Ils étaient là à jouer leurs morceaux, sans prétention aucune, et c’était agréable. Un joli moment festif.

De la pop, certes pas très innovante, mais dans le style, bien exécutée.

Un petit groupe sympa qui se laisse écouter sans prise de tête.

Enfin, pour conclure ce tremplin, ce fut au tour des rappeurs polonais de Sticky Icky de prendre possession de la scène. Et là, c’est LA révélation du concert. On change de registre à nouveau, mais c’est la grosse gifle. Musicalement, c’est extrêmement bien fait. Le bassiste est très bon, le synthé avec des sons old school claque, il sonne très bien et lorsque l’on sait que la claviste à 16 ans, on ne peut qu’être plus impressionné. Le batteur est très calé, tout est en osmose. L’instrumental sonne funk, c’est extrêmement bien fait, ça groove. On a envie de bouger et le flow du chanteur est mémorable. C’est en Polonais, donc je ne comprenais pas vraiment les paroles, mais en tout cas, il est très charismatique, et son phrasé colle parfaitement à la musique. Ça envoi sec, c’est entraînant, très agréable. Moi qui était un peu sur mes gardes lorsque l’on m’avait parlé de rap polonais, j’ai totalement adhéré et je ne pense pas être la seule. Pour moi c’était eux. La plus belle surprise de cette après midi musicale. A écouter et réecouter sans modération ! En plus de ça, ils enchaînaient les morceaux très rapidement, c’était très pro, très intense et plus fort que tout ce que l’on avait entendu précédemment.

Un morceaux culte !

Du gros son de Swidnica !

Après le passage de tous les groupes, chacun avait son petit avis concernant le gagnant de cette après-midi. Pour moi, c’était Sticky Icky. Je vous laisse découvrir le résultat :

Ainsi, c’est 2 plus 1 qui a remporté ce tremplin ! Je ne conteste absolument pas ce résultat, je le comprends. Ces trois jeunes ont éblouis un peu tout le monde avec leurs magnifiques voix. C’est une victoire plus que méritée. Et puis, le rap, est un style qui ne passe pas partout. C’était vraiment une superbe manifestation. Si le mauvais temps n’avait pas été de la partie, le concert se serait déroulé en plein centre ville et ça aurait été terrible ! Mais c’est ainsi. J’ai pu interviewer chaque groupes après le concert et c’était encore une fois très enrichissant. Si Sticky Icky étaient aussi excellent musicalement qu’humainement, les vainqueurs 2 plus 1 ont fait preuve d’une humilité touchante. Le trio de Stefano Corona ainsi que Homemade étaient sympa aussi, mais on sentait de la fatigue après cette grosse après-midi. Enfin, quant aux Crimers, je ne peux pas vraiment parler, puisque ceux-ci n’ont pas attendus de pouvoir être interviewer avant de partir. Tant pis pour eux. C’était tout de même une très chouette après-midi. Et je félicite le comité de jumelage ainsi que la ville de valence pour avoir réussi à réunir 4 groupes étrangers dans la petite ville de Valence !

Les acteurs de cette après-midi : tous les groupes et le jury !

Les acteurs de cette après-midi : tous les groupes et le jury !

Analyse de spectacle – Jenufa, Leos Janacek (1904) @ Avignon

Jenufa est un opéra Morave, interprété à Avignon en mars dernier.

Jenufa est un opéra Morave, interprété à Avignon en mars dernier.

I. Avant-Propos :

      a) Leos Janacek

Leos Janacek est un compositeur revendiquant un opéra national.

Leos Janacek est un compositeur revendiquant un opéra national.

Leos Janacek est un compositeur Tchèque né en 1854 et mort en 1928. Il se revendique Morave. Né dans un petit village, il fait ses études à Brno, puis il voyage à St Pétersbourg, Vienne et Prague. Puis il revient à Brno où il enseignera la musique. Au début de sa carrière, il ne compose que de la musique instrumentale (des symphonies, de la musique de chambre..) Il fait parti avec Smetara (Bohème) et Dvorak (Hongrie) des trois grand compositeur Tchèque du début du XXème Siècle. Il a écrit cinq grands opéras. Jenufa est le premier en 1904, suivit de Katia Kabaranova en 1921, La petite Renarde rusée en 1924, L’affaire Makropoulos en 1985 et De la Maison des Morts en 1988.

Au début, ses œuvres se rattachent au vérisme. Un mouvement parallèle du naturalisme en littérature, dans le but de mettre en scène la réalité la plus vraie possible de par la peinture des sentiments et des réalités sociales (comme Puccini en Italie). La différence, c’est que, chez Janacek le côté social est plus marqué que chez ses contemporains. C’est pourquoi il se rapproche plus de Mascogni qui met en scène la campagne Sicilienne. A partir de l’année 1880 et jusqu’à la fin de la guerre, il s’engage dans le mouvement indépendantiste Tchèque, pour l’indépendance de la culture Morave qu’il veut écrire et valoriser grâce à la musique folkloriste et les thèmes populaires qu’il a collecté sur le terrain.

Jenufa est le premier opéra Tchèque et il est très représenté. Dans De la Maison des Morts, on voit néanmoins une très nette évolution, adapté du texte de Dostoïevski, Janacek se rapproche musicalement de la musique de la seconde école viennoise(Schönberg, Berg et Webern, précurseur de la musique moderne), rompant ainsi avec le vérisme.

      b) Jenufa

 Jenufa est le premier opéra de Janacek, il s’agit aussi du premier opéra Morave composé en 1907. Inspiré de la pièce Jeji Pastorkyna de Gabriela Pressova, cet opéra est un drame paysan de la jalousie, sur fond d’infanticide, dans un milieu social fermé, où les sentiments sont exacerbés et écrasés par le poids du regard social. Grand mère Buriya est une vieille dame aveugle, elle est propriétaire d’un moulin (lieu de richesse) et a trois petits enfants. Laca et Steva sont demi-frères. Steva est l’héritier du moulin, tandis que Laca est le fils bâtard, plus utilisé comme ouvrier que comme l’égal de Steva. Et enfin, il y a Jenufa, la petite fille de grand mère Buriya. Elle est élevée par la Kostelnicka (sa belle-mère), qui est très soucieuse de l’honneur de Jenufa, à qui elle a apprit à lire. Ce qui est sa principale fierté. Mais la Kostelnicka est très autoritaire : le père de Jenufa était sacristain, du coup elle veille a conserver son prestige socail. Le milieu est fermé. Tout se passe autour du moulin. Et un triangle amoureux émerge vite. Jenufa est amoureuse de Steva (qui est un coureur) dont elle est enceinte, et Laca est amoureux d’elle. Jenufa est une œuvre totale. Janacek a écrit le livret en Tchèque. Il garde la prose pour l’adapter à la langue. Cet opéra suit le même format que Pelleas et Melisande de Debussy. La musique est la symbiose de thèmes populaires et de deux chœurs folkloriste que Janacek rend savants. Cet opéra est connu pour ses trois principaux rôles (Jenufa, Laca et la Kostelnicka) qui sont très longs et lourds. Janacek respecte les codes concernant les voix, mais il les dépasse : Grand Mère Buriya est alto, Steva et Laca ténor, Jenufa soprano, la Kostelnicka est mezzo-soprano. Mais il n’y a pas de baryton (hormis quelques seconds rôles très courts) ce qui innove. C’est un opéra composé pour un grand orchestre.

     c) Le théâtre d’Avignon

 Le théâtre d’Avignon est une petite salle de 1100 places. Il s’agit d’un théâtre à l’Italienne (plus petit que les théâtres antiques, afin de mieux voir et entendre ce qui se passe sur scène. La salle fait un U et s’élève sur plusieurs étages/balcons). Il y est joué du théâtre, de l’opéra et de la danse. Il y a quelques créations aussi. Le responsable de la programmation est Raymond-Duffaut.

La Façade du théâtre d'Avignon

La Façade du théâtre d’Avignon

Les balcons.

Les balcons.

Le toit
Le toit

La fosse.

La fosse.

I. Analyse de Jenufa

Mise en Scène – Friedrich Meyer-Oertel

     a) Acte I

l-humain-d-abordLe plateau est très éclairé, les hommes revenant du recrutement sont triomphant, même si Steva n’est pas enrôlé, tout le monde est heureux de ce retour et il est accompagné de quelques soldats qui vantent ivres ses mérites auprès des filles. Ce choix de décor est plutôt sobre : il n’y a pas de moulin. C’est clair et épuré : le folklore ne se trouve pas là. Il est plus dans les costumes. Les femmes et le « peuple » sont en bleu, les hommes du recrutement sont mit en valeur puisqu’ils sont en jaune. Jenufa est en bleu, elle n’est qu’une femme parmi tant d’autre (Steva charme deux autres femmes dans l’acte un cf la vidéo). Bruiya porte un costume aussi typique de la Moravie, avec une canne : elle est vieille. Steva est en jaune, tandis que Laca est habillé comme un ouvrier. On voit ainsi que Steva est clairement mit en avant. Laca enrage de voir le retour de son demi-frère, il joue avec la lame de son couteau et demande au meunier de la lui aiguiser. Toutes ces différences renforcent le contraste entre les deux personnages.Le rideau se lève et on découvre du sable et un fond blanc. Le sable peut symboliser l’été, le retour du recrutement et le fond blanc l’infini : les personnages sont dans cet espace qui semble sans limite, mais il devient, par analogie isolé de tout, ce qui donne un sentiment d’enfermement autour des personnages. Jenufa, Laca et grand mère Buriya attendent le retour au moulin de Steva qui rentre du recrutement. La jeune femme est enceinte de Steva et elle a peur que celui-ci soit enrôlé dans l’armée. De plus, Laca est amoureux d’elle et voue une profonde haine envers son demi-frère, car il a tous les privilège : il est l’héritier du moulin et Jenufa est amoureuse de lui.

Le folklore se trouve aussi dans l’action : en effet, les musiciens jouent à la demande de Steva un air folklorique sur lequel il danse avec Jenufa. C’est alors que La Kostelnicka arrive, elle est en noir, ce qui montre bien sa profonde sévérité, elle aussi en contraste avec les costumes colorés des autres personnages. Choquée par le comportement de Steva, elle interdit le mariage avec Jenufa tant qu’il ne sera pas resté sobre pendant une année. Tout le monde sort, sauf les deux amoureux déchus. Jenufa lui demande de continuer à l’aimer, mais Steva, n’étant pas au courant de la grossesse, se délecte de Jenufa en lui sortant des banalités. C’est alors que Laca revient. Il tente d’entraîner Jenufa a détester Steva mais celle-ci prend sa défense. Laca sachant que Steva ne l’aime que pour ses jolies joues roses, dans une colère incontrôlable, lacère la joue de Jenufa. C’est ainsi que s’achève le premier acte.

Durant celui-ci, il y a tout un jeu avec les foulards : Laca prend celui de Jenufa pour l’attirer à lui, puis il ramasse celui de la Kostelnicka pour obtenir ses faveurs. Il n’y a pas beaucoup d’objet, mais ils ont systématiquement un fort poids symbolique : Steva jette des billets verts et violets en signe de richesse. Laca est jaloux. Il casse le pot de Romarin que Steva a offert à Jenufa. Le romarin symbolise l’amour et la fidélité et Laca le découpe et le massacre à l’aide d’un couteau. Il est amoureux à sens unique et souffre. Et c’est Jenufa qui ramasse les morceaux du pot cassé. Par la suite, c’est ce même couteau qui défigure Jenufa et détruit son idylle avec Steva et sa vie. L’alcool a également un rôle important, puisque c’est à cause de cela que la Kostelnicka s’oppose à ce mariage, de part sa propre histoire.

La musique est festive, le chœur chante des chansons folklorique, Janacek semble apprécier les motifs court avec des instruments inattendus tel que le carillon qui donne un côté encore plus festif à ce retour du recrutement. Mais ça, ce n’est qu’au début de l’acte, puisqu’avec l’arrivée de la Kostelnicka, une tension progressive s’installe et va crescendo jusqu’à la fin de l’acte : quand Laca lacère la joue de Jenufa, par quelques procédés musicaux simples : une prépondérance des cuivres et les violons jouant des tremollo.

Jenu2       b) Acte II

 Après un entracte, le rideau se relève. Quelques mois se sont écoulés et l’action se passe dans la maison                    de la Kostelnicka. Il y a un toit sombre et bas. Il donne un sentiment d’oppression. La lumière est bleue. C’est la nuit. Jenufa coud. Cela peut faire référence à deux choses. Au conte populaire de la belle au bois dormant, dans lequel la belle se pique le doigt en cousant sur une aiguille empoisonnée et s’endort jusqu’à ce que son prince vienne la réveiller. Ou ça peut aussi être une référence à Pénélope, qui coud et découd toutes les nuits en attendant le retour d’Ulysse… Mais l’idée d’une œuvre Morave montre la limite de ces deux interprétations.

Jenufa a accouché d’un fils. Steva n’est pas encore venu le voir et la Kostelnicka cache Jenufa, qui, même si elle est épuisée, est heureuse d’avoir eu cet enfant. Elle porte une robe blanche, ample. Elle est négligée : elle sort d’une grossesse et le blanc pourrait symboliser la pureté de l’enfant. Ou alors, la naïveté de la jeune femme qui attend toujours Steva.

Tandis que Jenufa va dormir, la Kostelnicka, toujours vêtue de noir, convoque Steva et le supplie de prendre ses responsabilités. Ce à quoi il répond qu’il pourra donner de l’argent. Mais personne ne doit savoir qu’il est le père car son amour pour Jenufa est mort depuis le jour où elle a été défiguré par Laca et que depuis, il est fiancé auprès de la jolie Karolka, la fille du maire. Steva porte une veste noir, il n’est plus si innocent qu’au début, puisqu’il abandonne Jenufa. Il porte un chapeau, signe de richesse. C’est à ce moment là qu’on voit un léger paradoxe. L’enfant est dit « blond comme son père », mais le chanteur est brun. On voit ici, les contraintes de l’opéra, où la voix est prépondérante. Mais ça ne gêne en rien la compréhension de l’histoire. Steva sort.

Entre alors Laca, il est mieux habillé qu’à l’acte un. Mais il reste inférieur à Steva : il n’a pas de chapeau. La Kostelnicka est épuisée, elle dévoile que Jenufa a eu un enfant de Steva et Laca, toujours amoureux de la jeune femme, en souffre, mais il désire toujours l’épouser. Pourtant, il avoue que l’enfant le gêne. Puisqu’il est le fils de son rival. C’est alors que la Kostelnicka raconte que le bébé est mort. Du coup Laca sort pour préparer le mariage.

Une fois seule, la Kostelnicka réalise son erreur d’avoir menti à Laca pour l’honneur de Jenufa. Elle prend alors la décision de supprimer l’enfant. Elle ouvre une fenêtre et une lumière bleu, plonge sur elle. Ce qui l’écrase et accentue le poids de son fardeau et de sa culpabilité. Elle va alors chercher le bébé et le sort pour le plonger sous la glace, afin qu’il meurt de froid et on voit que l’enfant est entouré d’un linge noir. Couleur de la mort.

Quand Jenufa se réveille, elle chante une prière pour son enfant. Elle a une vierge devant laquelle elle prie à genoux. Nous voyons ainsi que la Moravie est un « pays » chrétiens. Lorsque la Kostelnicka revient, elle lui annonce qu’elle est restée inconsciente plusieurs jours à cause d’une fièvre et que son enfant est mort. Elle lui raconte également la lâcheté de Steva et la jeune femme est effondrée. Laca revient alors et demande à Jenufa de l’épouser. Elle accepte, mais elle ne l’aime pas.

Musicalement, on sent tout au long de l’acte deux que la tension continue sur la lancée de l’acte un et va toujours crescendo. Au début, elle ne l’est pas trop, puisque Jenufa rêvait encore du retour de Steva. Jusqu’à ce qu’elle aille se coucher. Lorsque Steva rejoint la Kostelnicka, la tension commence à monter. Puis il y a un silence et il s’enfuit. Puis vint l’entrée de Laca et la tension continue de monter. La douleur de Laca est extrêmement expressive. Puis il sort et là montée la plus forte c’est lorsque la Kostelnicka prend l’enfant : les violons pleurent. Quand Jenufa se lève, la musique est sombre, alors que jusqu’alors elle était toujours associée à une musique plus légère. Et enfin, lors de la folie de la Kostelnicka, la tension est à son comble. Elle chante Fortissimo et elle fini à genoux. Épuisée et elle aussi très expressive. Le rideau tombe à nouveau.

      c) Acte III

Jenu3

 Le rideau se relève. Le toit est plus haut. La lumière est blanche. Deux mois ont passés. C’est le printemps et le jour du mariage de Jenufa et Laca. C’est l’acte où il y a le plus d’objets, une table, des verres, des serveuses, des fleurs. C’est le mariage. C’est censé être un moment de fête. Pourtant, Jenufa arrive portant une robe noir. Elle a perdu sa joie de vivre. Elle est en deuil et elle n’aime pas Laca. Elle porte néanmoins un voile blanc, symbolisant le mariage. La Kostelnicka arrive alors très sombre, vêtue d’une robe noir comme d’habitude, mais avec du rouge, couleur du sang. Elle apparaît ravagée : elle se dégrade. Elle est complètement folle. Écrasée par la culpabilité. Elle porte un chapelet, signe de pénitence. Jenufa retire son voile : ce mariage n’est un mariage d’amour que pour Laca, la jeune femme, elle, est résignée et désabusée.

Entrent alors le maire et sa femme. Ils sont riche et portent des vêtements très ornementés. Laca, quant à lui, fait tout pour que Jenufa se sente bien, il s’est même réconcilié avec Steva pour elle, il lui annonce même que celui-ci arrive pour présenter ses vœux, accompagné de la fille du maire (avec qui il est fiancé). On voit alors arriver un Steva portant un costume blanc et la femme du maire porte une robe blanche avec un châle noir. On voit alors un énorme contraste entre les deux couples : le costume de Laca est noir, comme la robe de Jenufa. Grand-mère Bruya, apparaît quant à elle comme au début de la pièce, avec un costume traditionnel.

Entrent alors des jeunes filles vêtues en bleu, comme dans l’acte un, qui danse et chantent pour fêter le mariage, elles donnent une fleur à Jenufa, mais on voit qu’elle n’est pas heureuse. Arrive alors un villageois qui annonce qu’avec le dégel, un corps de nourrisson a été retrouvé noyé sous la glace du ruisseau. Jenufa craque. Elle reconnaît son fils. On apprend qu’elle a appelé son fils Steva, comme son père. La foule découvre le secret de Jenufa et on l’accuse d’être l’auteur du crime. Les villageois veulent l’attraper mais Laca s’énerve. Il casse les chaises, retourne la table (ce qui fait écho au retournement de situation). Il y avait du vin sur la table. Alors que c’est l’alcool même qui a empêché en grande partie le mariage de Steva et Jenufa. Il est renversé au sol. Gâché. Comme leur amour et leur vie.

C’est alors que La Kostelnicka avoue à la surprise de tous. Elle supplie Jenufa de la pardonner. Et celle-ci lui pardonne, même si l’acte est inqualifiable, elle comprend la réaction de sa belle-mère qui voulait la protéger. Le maire remet alors La Kostelnicka aux autorités.

Puis alors, une fois que tout le monde est parti. Jenufa est seule avec Laca. Elle est consciente de son déshonneur. Elle lui propose d’annuler leur mariage et de se séparer. Mais Laca, fou d’amour pour elle lui propose de recommencer leur histoire et Jenufa touchée accepte. C’est là première fois qu’elle s’ouvre à Laca. Mais elle ne l’embrasse pas. Alors qu’elle avait embrassé Steva lors de l’acte I.

Musicalement, cet acte commence d’une manière très sombre avec l’entrée des différents protagonistes vêtus de noir. Mais progressivement, elle devient plus légère : les filles entrent et chantent une chanson folklorique. Puis la musique se calme au moment où les époux sont bénis, puis la tension revient lorsqu’on annonce la découverte du corps du fils de Jenufa. Une cacophonie commence alors. Le rythme est très rapide. Lancinant. Les cuivres sont puissant et on retrouve les tremollo au violon. Vient alors les aveux où la musique est très sombre. Jusqu’à la sortie de la Kostelnicka. La musique redevient calme, Laca et Jenufa sont seul. Il y a beaucoup de silence. On voit le dévouement de Laca. La fin n’est pas malheureuse, mais elle n’est pas heureuse non plus.

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Cet Opéra va crescendo au fil des actes. Il commence de manière festive, puis les premières tensions naissent avec la jalousie de Laca et est à son apogée lors du retournement de situation final. On voit dans cet opéra, les enjeux des milieux sociaux refermés comme ce moulin. Le poids de l’honneur, mais aussi celui de la honte et des préjugés qui entraîne la douleur. Cette mise en scène était intéressante. Épurée au niveau des objets et des décors, mais ce débarrassant ainsi des fioritures. L’esprit folklorique Morave est tout de même gardé dans la langue, dans les costumes et dans la musique, notamment lors des chants des chœurs. Mais toujours dans un langage savant. Le Morave est une langue qui en l’occurrence sonnait bien. Néanmoins, les quelques problèmes de surtitrages étaient gênant. Même si globalement, le reste restait compréhensible. Les chanteurs ont bien joués le jeu. Surtout Géraldine Chauvet (La Kostelnicka) qui était très expressive dans ses expressions et supplication. Elle était la plus marquée théâtralement.

Au niveau des voix, Grand-mère Buriya (interprétée par Anne Salvan) est alto, elle représente la sagesse, elle manquait un peu de puissance, mais son rôle est court et elle convenait tout de même. Dès le départ, il y a une tension entre l’amour et la jalousie. Laca (interprété par Marlin Miller) est un ténor puisqu’il joue le rôle d’un amoureux. Son rôle est marqué par la passion, il est l’un des trois rôles principaux. Il a un très beau timbre de voix et sa technique est irréprochable. Il s’impose face à une Jenufa un peu décevante, car très jeune. Bien que sa voix soit jolie, son rôle est très long, très aigu (puisqu’elle est amoureuse, elle est soprano) et très lourd et on sent qu’elle manque d’expérience. Steva (Florian Laconi) avait lui aussi un joli timbre, bien qu’il soit moins impressionnant que Marlin Miller. Il ne faut pas oublier Géraldine Chauvet, dans son interprétation de La Kostelnicka qui a su être époustouflante a des moments clefs : la fin de l’acte II, et les aveux dans l’acte III. C’est un opéra où la majorité des voix sont aigus. On a donc un lyrisme très marqué. Dans les second rôles, Aurélie Ligerot, dans le rôle de Jano avait un chant très clair et efficace, agrémenté d’un timbre agréable, et il ne faut pas oublier les deux barytons, qui bien qu’avec des apparitions courtes, contrebalançaient bien avec toutes ces voix aigus : Philippe Ermelier dans le rôle du contremaître et Frédéric Goncalves dans le rôle du maire. Les deux entractes cassaient légèrement le rythme, du coup, les actes semblaient très courts. Mais la tension atteignant toujours son apogée à chaque fin d’acte, laissait un suspense terriblement efficace. Ce fut une très belle réalisation que celle qu’a réalisé Friedrich Meyer-Oertel.

Direction musicale : Balàzs Kocsàr, Direction des Chœurs : Aurore Marchand, Etudes musicales : Mathieu Pordoy, Mise en scène : Friedrich Meyer-Oertel, Assistant : Ruth Orthmann, Chorégraphie : Eric Belaud, Décors / Costumes : Heindrum Schmeizer, Lumières : Hans Haas, Jenufa : Christina Dietzch-Carvin, Kostelnicka Buryjovska : Géraldine Chauvet, Grand-mère Buryjovska : Anne Salvan, La Femme du Maire : Marie-Thérèse Keller, Karolka : Clémence Barrabé, La vachère / Pastuchyrna : Marie Gautrot, Barena, une servante : Ludivine Gombert, Jano, un berger : Aurélie Ligerot, Laca Klemen : Marlin Miller, Steva Buryjovska: Florian Laconi, Le contremaitre : Philippe Ermelier, Le maire :Frédéric Goncalves + Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence + Chœur et Ballet de l’Opéra-Théâtre du Grand Avignon 

Direction musicale : Balàzs Kocsàr, Direction des Chœurs : Aurore Marchand, Etudes musicales : Mathieu Pordoy, Mise en scène : Friedrich Meyer-Oertel, Assistant : Ruth Orthmann, Chorégraphie : Eric Belaud, Décors / Costumes : Heindrum Schmeizer, Lumières : Hans Haas, Jenufa : Christina Dietzch-Carvin, Kostelnicka Buryjovska : Géraldine Chauvet, Grand-mère Buryjovska : Anne Salvan, La Femme du Maire : Marie-Thérèse Keller, Karolka : Clémence Barrabé, La vachère / Pastuchyrna : Marie Gautrot, Barena, une servante : Ludivine Gombert, Jano, un berger : Aurélie Ligerot, Laca Klemen : Marlin Miller, Steva Buryjovska: Florian Laconi, Le contremaitre : Philippe Ermelier, Le maire :Frédéric Goncalves + Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence + Chœur et Ballet de l’Opéra-Théâtre du Grand Avignon

Crédit photo : ©cedric Delestrade/studio-avignon

 

 

Film – Kriegerin (Guerrière), David wnendt, 2011

La pochette du DVD Allemand.

La pochette du DVD Allemand.

Kriegerin est un film allemand de 2011. Le réalisateur est David Wnendt, il s’agit de son premier long métrage. Pour ce film, il n’a choisi aucun acteur connu. Il voulait être réaliste et utiliser de nouvelles têtes, que le grand public ne connait pas, ne pouvait que renforcer le côté réel de ce film traitant du phénomène Néo-Nazi. Le pitch est simple : Marisa est une jeune femme de 20 ans, elle est néo-nazi et déteste les juifs, les nègres et les étrangers. Elle est en couple avec Sandro, un autre néo-nazi et lorsqu’il est envoyé en prison pour diverses agressions, Marisa se retrouve complétement perdue et elle bascule, puisqu’elle renverse deux étrangers. D’un autre côté, nous avons Svenja, une jeune fille de 15 ans, de bonne famille, elle est ce que l’on appelle une enfant modèle. Avec ses lunettes et ses cheveux tirés en arrière. Elle habite avec ses parents et n’est pas néo-nazi. Malheureusement, son beau-père (l’excellentissime Uwe Preuss), est très autoritaire, et Svenja subit cette autorité (son beau-père la rabaisse, la surveille etc.) et sa mère ne dit rien. Un jour, elle rencontre Markus, un néo-nazi de la bande de Marisa qui est employé chez elle comme jardinier et progressivement, elle adhérera à cette idéologie. Et nous voyons dans ce film le croisement de ces deux destins dans le monde très masculin des bandes de jeunes nationalistes d’extrême droite.

Svenja (Jella Haase) et Marisa (Alina Levshin)

Svenja (Jella Haase) et Marisa (Alina Levshin)

Au niveau du casting, comme je l’ai dis, des acteurs très peu connu du public Allemand. Alina Levshin interprète le rôle de Marisa avec brio. Elle est très touchante. Très juste, c’est la révélation de ce film. Svenja, elle, est interprétée par Jella Haase, qui n’est pas mauvaise, mais qui ne perce pas l’écran. Sayed Ahmad Mrowat joue le rôle de Rasul, il fait lui aussi le travail, sans pour autant laisser un souvenir énorme et Gerdy Zint joue le rôle de Sandro, il est lui aussi très très bon, il est convaincant et a beaucoup de charisme. Au niveau des seconds rôle, le seul qui excelle vraiment, c’est Uwe Preuss, un très grand acteur allemand qui encore une fois et hallucinant de réalisme. Dans tous les cas, David Wnendt a veillé à ne prendre aucun acteur qui soit lui-même néo-nazi.

Uwe Preuss est un acteur allemand qui s'est illustré dans plusieurs films un peu connu en France.

Uwe Preuss est un acteur allemand qui s’est illustré dans plusieurs films un peu connu en France.

Kriegerin a reçu de très nombreux prix. Tels que le meilleur scénario pour David Wnendt, le meilleur premier rôle féminin pour Alina Levshin… Les critiques ont également encensé ce long métrage :  « Sensationell ! » écrit  Bild, « Alina Levshin spielt diese Rolle einfach mitreissend » (Alina Levshin joue ce rôle de manière époustouflante) écrit Spiegel Online. etc.

Kriegerin, un film qui montre la place des femmes dans les groupes d'extrême droite.

Kriegerin, un film qui montre la place des femmes dans les groupes d’extrême droite.

Pour ma part, j’ai littéralement adoré ce film. J’ai d’ailleurs réalisé un exposé en Allemand dessus. Si j’ai choisi de vous en parlé, c’est parce que justement il m’a vraiment plu, et je pense qu’il est intéressant de parler de ce genre de film, sans pour autant tout de suite y porter un jugement négatif et non constructifs tels que « le néo nazisme c’est de la merde ». Je pense que c’est grâce à ce genre de film que l’on va plus loin que cela et que l’on peut essayer de comprendre le fondement de ces idéologies, qui peuvent être attirante ou répulsive. Alors certes, Kriegerin n’est pas le premier film a parler du phénomène. Il y a également American History X, This is England, Hooligan (il ne parle pas de néo-nazisme, mais on voit tout de même certains points communs tel que l’effet de bande, la violence, le nationalisme etc.)… Et dans tout ces films on voit un peu le même schéma. Dans un premier temps, ce qui saute aux yeux, c’est l’imagerie, les symboles, à savoir les croix gammées, les croix de fer, les croix celtiques, ou encore le symbole SS, il y aussi des images d’Adolf Hitler, l’aigle impérial etc. qui sont commun à tout ces films et à la réalité. Il y a aussi, les mêmes looks : le crâne rasé, les tatouages, les hommes qui font de la musculation, les doc martins, les bombers etc. La musique est aussi très importante, avec de la Oï musique, des chants racistes, de la musique plus violente…  Car tout ces symboles sont utilisés dans la réalité.

Sandro (Gerdy Zint) et Marisa (Alina Levshin) plus vrais que nature.

Sandro (Gerdy Zint) et Marisa (Alina Levshin) plus vrais que nature.

Mais il y a aussi des points communs dans tout ces films au niveau de la construction de l’histoire. Dans la plupart des cas, le père est absent. On ne voit jamais celui de Marisa, celui de Svenja est violent. Dans American History X, le père de Dereck et Danny est mort, dans Hooligan le père de Matt est absent en permanence et dans This is England, le père de Shaun est mort à la guerre. Dans tout ces films on voit le malheur de ces protagonistes, qui du coup, sont en colère (c’est très impressionnant dans American History X), et cette colère les rendent vulnérables. Et c’est à ce moment là qu’intervient une sorte de guide spirituel qui vient « convertir » à l’idéologie néo-nazi ou du moins à l’appartenance à un groupe nationaliste. Et donc dans tous ces films on a un guide. Dans American History X, il s’agit de Cameron, dans Kriegerin de Clemens, dans This is England de Combo, dans Hooligan (pas vraiment à l’idéologie néo-nazi, puisque ce n’est pas un film portant sur ce thème, mais plus sur la violence et l’effet de bande) de Pete. On a à chaque fois aussi l’arrivée d’une nouvelle personne qui vient bouleverser le semblant d’équilibre trouver par les personnages dans ce genre de bande. Dans This is England il s’agit de Shaun dont on voit la transformation, dans Kriegerin de Svenja, dans Hooligans de Matt et dans American History X de Danny. A chaque fois ces personnages sont jeunes et trouvent un réel réconfort dans les bandes qu’ils rejoignent puisqu’ils se sentent soutenus et appréciés. Un autre point commun, ce sont les bagarres, parfois même des ratonnades et la violence qui est ovni présente. Ensuite, on voit aussi une grosse tendance à boire. Dans tous ces films, on a des personnages qui boivent des bières. Qui fument aussi énormément. Mais il subsiste néanmoins une grosse ambiguïté concernant la drogue. Dans Kriegerin comme dans American History X, la drogue est proscrite. Sandro frappe Markus parce qu’il prend de la drogue. Et dans Amercian History X Dereck dit « La drogue, c’est pour les nègres. » Pourtant, dans This is England, les personnages fument du cannabis, même les plus extrême ce qui sème le trouble concernant le rapport de ces bandes à la drogue. On a également à chaque fois une ennemi, qui n’est pas le même puisque ces films n’ont pas forcément lieux dans les mêmes pays. Dans American History X, ce sont les noirs américains, dans This is England les pakis, dans Hooligan les supporter des autres clubs et dans Kriegerin les asiatiques, mais surtout les afghans.Enfin, on voit aussi dans ces films une « sentence finale » que je ne développerais pas, pour la simple et bonne raison que si vous n’avez pas vu ces films (qui sont excellent), gâcher la fin serait dommage. Ce qui montre bien, malgré cette envie de réalisme commune à tout ces films, une morale assez marquée.

Marisa (Alina Levshin), dans un train pour une ratonnade.

Marisa (Alina Levshin), dans un train pour une ratonnade.

Néanmoins, Kriegerin se distingue par bien d’autres aspects, car même s’il y a de nombreux points communs entre ces films, tous sont différent. This is England est du point de vue d’un enfant, American History X d’un homme sortant de prison ayant mûri, Hooligans du milieu du foot et enfin Kriegerin, du point de vue des femmes, ce qui, jusqu’alors n’avait pas été vu. Pour cela, David Wnendt a fait beaucoup de recherches, a recueilli des témoignages, ce qui apporte une réelle authenticité à ce film. Ce qui est également remarquable, c’est la réalisation. Tout au long du film, les images, décor, sont très belles, de très nombreuses scènes se déroulent dans la nature, à la plage, on voit de grandes étendues vertes très colorée et très jolies, on voit aussi beaucoup d’éoliennes (qui sont très nombreuses en Allemagne), ce qui renforce le contraste entre la beauté des paysages et la violence des personnages. Toutes les scènes sont courtes et le rythme est très rapide, ce qui rend le film très intensif. On a l’impressions que l’étau se resserre autour des personnages, qu’ils ne peuvent reculer et les scènes de doutes, sont les plus longues (quoiqu’elles restent courtes comme le plan séquence sur les larmes de Marisa.)

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Ce plan séquence met en lumière l’incroyable réalisme et talent d’Alina Levshin.

Tout au long du film, la musique tient une place très importante. Comme pour les acteurs qui ne sont pas néo-nazi, David Wendt n’a pas prit de la musique existante, dans un besoin de détachement et de recul. Johannes Repka a ainsi composé toute la bande son, allant des musiques d’ambiances tels que le motif à la guitare qui revient tout au long du film, aux morceaux musicaux écoutés par les personnages, qui reprennent les mêmes procédés que celles composés par les véritables groupes néo-nazi, à savoir de grosses guitares, du chant presque crié et surtout des paroles équivoque tel que « Reloaded reloaded, Holocaust reloaded ». Et ce travail agit sur le spectateur qui du coup est encore plus plongé dans la violence de ce milieu. Les rôles des personnages sont très charismatiques, l’usage d’acteurs inconnus du grand public ajoute au réalisme constant du film, et la langue colle elle aussi à cette violence. Le vocabulaire est violent, il y a beaucoup de gros mots, dont le plus récurrent est « Verpiss dich » (= casse toi/ va te faire foutre). Enfin, il y a aussi des nombreuses subtilités très intéressante à étudier. Svenja au début du film porte des lunettes et a les cheveux très tirés. Et plus elle plonge dans le néo-nazisme, plus elle se dégrade : elle détache ses cheveux et enlève ses lunettes. Elle se révolte contre ses parents, elle emprunte des vêtements à Marisa etc. Le retournement de situation se met lui aussi en place progressivement : Marisa met des pansements sur ses tatouages, et elle fini par carrément enfiler une robe. On a aussi la présence de cet espèce de rite de passage pour entrer dans la communauté lors de fêtes de la bande.

Svenja finira par accepter d'entrer dans le groupe pour se sentir comprise, car elle déteste ses parents, allant jusqu'à se proclamer "orpheline" sur internet.

Svenja finira par accepter d’entrer dans le groupe pour se sentir comprise, car elle déteste ses parents, allant jusqu’à se proclamer « orpheline » sur internet.

Ainsi, je conseille vraiment ce film à tous. Il est certes violent, mais je le troue très touchant. On voit la difficulté de ces jeunes ce qui les rends humains. On peut se mettre à leur place, comprendre les raisons de cette violence et de cette haine. Je pense que c’est ce qui fait de ce film un très bon film sur le thème. Comme les autres que j’ai cité. On apprend des choses, on réfléchi. C’est le genre de film dont on ne sort pas indemne et il peut permettre de faire évoluer les mentalités. Ce réalisme est assez époustouflant et c’est un premier long métrage de génie que nous offre ici David Wnendt. Et ce qui rend ce film encore plus fort, c’est aussi sa manière de vraiment coller à l’actualité. C’est pourquoi il était important pour moi d’en parler. Mais la seule question que je me pose… C’est à quand ce genre de film en France ?

Analyse de Spectacle – Les Symboles dans The Four Seasons Restaurant, Romeo Castellucci

Metteur en scène de The Four Seasons Restaurant et plasticien.

Metteur en scène de The Four Seasons Restaurant et plasticien.

Si la pièce s’appelle « The Four Seasons Restaurant », c’est pour faire écho à l’histoire de Mark Rothko, peintre américain. Celui-ci avait pour habitude de faire exposer ses toiles à quelques centimètres du sol pour que le spectateur puisse entrer dedans. Castellucci voyait ses toiles comme des portes. Des portes vers un inconnu.

Peintre qui a inspiré Castellucci et qui voyait la beauté dans l'art grec antique.

Peintre qui a inspiré Castellucci et qui voyait la beauté dans l’art grec antique.

Le Four Seasons Restaurant passa commande auprès de Rothko pour que celui-ci face une série de toile pour la décoration du-dit restaurant. Il accepta et reçu une grosse somme d’argent. Mais une fois qu’il eu tout peint, il refusa de donner ses toiles, ayant compris qu’elles ne seraient que pure décoration dans ce qu’il appelait « un temple de la consommation ». Des poursuites furent engagés et Rothko dû rembourser l’intégralité de l’argent, au nom de ses principes et de sa volonté artistique. Malheureusement, il ne pu le supporter et termina par se suicider quelques années après. On voit, à travers cette histoire, à quel point la vérité de l’artiste, cette pulsion créatrice, aussi forte qu’elle soit, ne peut être forcément comprise par la population. Et l’incompréhension entraîne le rejet. Rejet social dont a été victime Rothko qui y mit fin en retournant au silence. En s’ôtant la vie, ne pouvant plus vivre dans une société le considérant comme coupable de son esthétique. C’est cette histoire, ce même schéma qui se répéta plusieurs fois tout au long de l’histoire qu’essaya d’illustrer Castellucci avec sa pièce. En l’adaptant à de nombreux exemples, pour illustrer ce rejet social et cette destruction qui semble inévitable, mais ses exemples sont noués les uns aux autres, ce qui rend leur interprétation difficile.

Restaurant qui donne le nom de la pièce.

Restaurant qui donne le nom de la pièce.

Philosophe Argrégentin.

Philosophe Argrégentin.

La première situation, c’est celle d’Empédocle. Elle se trouve dans le langage des comédiennes et dans les enregistrement. Empédocle est un philosophe Argrégentin (de Sicile), celui-ci est connu pour avoir des idées très tranchées et marquées concernant les éléments entre autre. Mais toutes les idées qu’il portait était sûrement trop lourde pour lui. Ainsi, il fini par être banni (suite à l’assassinat du tyran, il refuse le pouvoir à cause de ses valeurs) et sa fascination pour le feu le poussa, entre autre, à se jeter dans l’Etna.

Volcan Sicilien dans lequel s'est jeté Empédocle.

Volcan Sicilien dans lequel s’est jeté Empédocle.

Dans la pièce, les choses ne sont pas si claires que ça. Au tout début, dix femmes entrent successivement sur le plateau et se coupent la langue. Se couper la langue, c’est rejeter son individualité qui se trouve dans le langage, sachant que leur vêtements étaient à quelques détails prêt, identiques. Se couper la langue c’est aussi s’empêcher de parler. Et surtout, on coupait la langue des athées condamnés à mort pour les empêcher de parler dans l’au-delà. A travers ce rituel collectif, on a l’image de la perte du langage, image qui sera illustré à plusieurs reprises.

Les comédiennes se coupent la langue.

Les comédiennes se coupent la langue.

De plus, dans cette pièce, tout est désincarné. Il n’y a que des comédiennes, mais elles jouent des rôles d’hommes, de peuple, de vieillard. Cette unité, est symbolisé dans leur costume et la seule distinction se trouve dans la couronne de laurier. Celle-ci représente Empédocle et il s’agit d’un de ses véritables attributs : Favorinius d’Arles disait : « Il s’habillait de vêtements de pourpre avec une ceinture d’or, des souliers de bronze et une couronne delphique. Il portait des cheveux longs, se faisait suivre par des esclaves, et gardait toujours la même gravité de visage. Quiconque le rencontrait croyait croiser un roi ». C’est donc cette couronne qui désigne Empédocle. Et elle passe de tête en tête ce qui participe au flou qui entoure ce personnage. Empédocle n’est pas joué par une comédienne. Il est cette couronne. Et on voit à travers son passage de tête en tête qu’une vérité telle que celle d’Empédocle peut-être portée par n’importe qui.

Cette couronne symbolise Empédocle.

Cette couronne symbolise Empédocle.

De plus, juste après l’arrivée du philosophe, une Agrégentine mange de la crème chantilly et s’étouffe avant d’être recouverte par un drap bleu foncé. Cette fausse mort, pourrait-être en réalité une crise d’épilepsie et dans l’antiquité, la crise d’épilepsie était vu comme un mal démoniaque : une sorte de possession dont on avait peur. Mais le bleu foncé représente la royauté et cette chantilly pourrait être du poison. Ce qui symboliserait la mort du tyran, mais elle se relève ce qui sème le trouble, seulement, vu que tout est désincarné dans cette pièce, cette interprétation reste cohérente. Enfin, un chien passe sur le plateau et mange les langues. Dans la Bible, il est dit que les être impurs seront condamnés à pourrir en dehors du village et à être manger par les chiens. On a ici plusieurs images d’impureté (l’épilepsie/empoisonnement, les langues etc.) qui feront sens par la suite.

La mort à la chantilly et le drap bleu foncé.

La mort à la chantilly et le drap bleu foncé.

Le drapeau des confédérés.

Le drapeau des confédérés.

Le drapeau des confédérés et l'arme à l'arrière plan.

Le drapeau des confédérés et l’arme à l’arrière plan.

Puis, les dix comédiennes enfilent un brassard rouge et s »arment. Elle étendent un drapeau sudiste de la guerre de sécession, guerre civile des Etats-Unis concernant l’esclavage : les confédérés au Sud, pour l’esclavage, contre l’union au Nord, contre l’esclavage dirigé par Lincoln. Nous nous retrouvons ici face à un autre cas de rejet et de destruction. Castellucci montre les choses mais ne prend pas parti : cet exemple en est la preuve. L’esclavage étant aujourd’hui aboli, on a donc une pensée qui est dans l’« erreur » mais qui a l’époque pensait détenir la vérité. Ce rejet du Nord contre le Sud se termine par la défaite du Sud. On a ici un rejet et une destruction à nouveau. Le brassard rouge symbolise l’unité de ce peuple.

Un brassard rouge est enfilé par les comédiennes.

Un brassard rouge est enfilé par les comédiennes.

Mais le texte reste celui d’Empédocle, il n’y a de changement de situation que dans l’image. Cette dissociassions rend le tout encore plus obscure. De plus, les comédiennes portent le costume des Amish, communauté juive des États-Unis et le lien se fait ainsi. Car par analogie, on peut associer cette situation à Jésus : rejeté par son peuple, il est condamné à mort. Car sa vérité dérangeait. Et c’est la communauté juive qui l’a condamné à mort. C’est ainsi que se fait le lien entre tous ces lieux et contextes différents.

Costume traditionnel Amish.

Costume traditionnel Amish.

Le Serment des Horaces - Jacques Louis David

Le Serment des Horaces – Jacques Louis David

D’ailleurs, à un moment, trois femmes tendent le bras vers une arme : cette image est l’équivalence du Serment des Horaces : la division d’un peuple (Romains et Sabins étaient liés par l’histoire, mais ils étaient en guerre perpétuelle et c’est suite à ce serment que Rome gagne, puisque les Horcace battent les trois frères Sabins).

Dans la guerre de Sécession on a aussi de nouveau ce motif de disparition du langage, puisque la guerre est armée, on ne

Une illustration de Midas.

Une illustration de Midas.

parle plus et on rejette l’humanité pour plonger dans une bestialité et à une guerre de force. Intervient alors le coup de feu : c’est la mise à mort du langage. La comédienne qui tire bombe ensuite l’arme pour la rendre dorée et sa main la devient aussi par la même occasion. On pourrait penser à Midas, mais c’est l’arme qui est dorée, puis la main. Or, si c’était Midas, la main serait dorée avant l’arme. (Midas avait demandé à Dionysos de lui offrir le pouvoir de transformait tout ce qu’il touchait en or.) Surtout que cette main semble plus être celle de Dieu : le droit de vie et de mort est normalement le droit de Dieu. Celui qui tue vole ce pouvoir. Puis l’arme dorée est posée devant le laurier symbolisant Empédocle : on a ici l’image du suicide. De plus, les comédiennes ne parlent plus, à la fin, il y a seulement l’enregistrement des paroles. C’est ce langage qui disparaît. Et qui reste dans le souvenir.

Naissance ou retour à la primitivité ?

Naissance ou retour à la primitivité ?

S’en suis alors l’image étonnante des femmes qui passent les unes entre les autres et ressortent, avant de se mettre nues.

Les comédiennes se dénudent.

Les comédiennes se dénudent.

On pourrait penser à une naissance, d’un passage d’un état à un autre. Mais il semble plus plausible que l’on ai là un retour à la primitivité : elles retirent leur vêtement et sont touchées par la main de Dieu. Elles ne disent rien, le langage à disparu, le vêtement aussi. Le monde revient à un état primitif. En effet, en rejetant le langage, on tue la parole. On s’enferme dans une pensée ignorante et archaïque. On revient à la primitivité.

Le cercle.

Le cercle.

Il y a aussi une grosse thématique du cercle : au début, les femmes après s’être coupé la langue, forment un cercle : une communauté. Puis l’une d’elle pose un cerceau à Terre et boit dedans : l’eau, c’est la vie. Et enfin, lorsque toutes se dénudent, au sol, leurs vêtements restent, disposé en cercle alors qu’aucune comédienne est sur le plateau : le souvenir de leur communauté. L’Ether est également évoqué : il s’agit d’un purgatoire dans lequel vont les âmes. Entre le ciel et la Terre. C’est ici que le lien avec le Trou Noir se fait.

Le cerceau représente l'eau.

Le cerceau représente l’eau.

En effet, la pièce commence avec le son brut d’un trou noir. Le Trou Noir qui est le passage d’un endroit à un autre. Mais qui est inconnu. Comme les peintures de Rothko. Et comme le passage de la vie à la mort. On a ensuite différents phénomènes scéniques. Empédocle s’est

On découvre un cheval mort.

On découvre un cheval mort.

suicidé. Le rideau recule et montre un cheval mort : le cheval, c’est le symbole de passeur des morts, le cheval est chargé de porter les âmes des défunts entre la Terre et le ciel. Si le cheval est mort, le guide spirituel l’est (Empédocle, Jésus), du coup les âmes sont perdu dans l’Ether. Dans le noir. A la dérive. Le plateau se sépare en deux. Entre le fond noir et le fond blanc, cette séparation vers le haut peut faire écho à la peinture de Rothko qui est dans la division dans la hauteur de deux couleur et à la profondeur ainsi crée. Castellucci voit la peinture de Rothko

Peinture de Rothko

Peinture de Rothko

comme des portes, et dans ce spectacle, la porte mène à la destruction : le rideau se ferme sur un lied dont le texte est de Schubert et dont la musique et celle de la Mort d’Isolde dans l’opéra de Wagner. La mort d’Isolde, est parfaitement cohérente avec celle d’Empédocle. Puisque Tristan est amoureux d’elle : il perd le « sens » de sa vie. Commence alors une suite d’explosions blanches. C’est la destruction à l’état pur. Le son est très fort, il mène à l’anéantissement total. Il est le résultat des erreurs des hommes. S’en suis alors un tourbillon qu’on ne peut discerner au début. On peut voir des

Le tourbillon.

Le tourbillon.

cendres (rapport à l’Etna), de l’eau. Le déluge (Dieu anéantis les hommes à cause de leur pêchés, pour refaire une Terre avec des hommes meilleurs par l’intermédiaire de Noé.) On voit alors un drapeau s’agiter. Et là encore on peut voir une similitude avec Le radeau de la Méduse : c’est un tableau de naufrage, et la société montrée à la dérive est elle aussi au naufrage et court à sa perte.

Le drapeau rappelant le Radeau de la Méduse.

Le drapeau rappelant le Radeau de la Méduse.

Le Radeau de la Méduse - Théodore Géricault

Le Radeau de la Méduse – Théodore Géricault

Visage de Marie.

Visage de Marie.

Puis tout se calme, et on voit de nouveau ces femmes, nues, tourné vers le portrait d’une femme qui pourrait être l’image de Marie. Mère de Jésus. Elles ne sont plus en cercle, et elles ne sont pas habillé, c’est un recommencement. Un retour à la primitivité, puisque les hommes ont anéantis « leurs guides ». Et à travers ce retour à l’humanité, on peut voir un nouvel espoir.

Auteur du livre "La mort d'Empédocle"

Auteur du livre « La mort d’Empédocle »

Pour cette pièce Castellucci s’est inspiré du livre d’Hölderlin La mort d’Empédocle. Et là encore un autre fait est troublant. Hölderlin a réécrit trois fois ce livre sans jamais parvenir à l’achever. Il est connu pour aller très loin dans sa philosophie. Et surtout, avant sa mort il est dans un état d’égarement complet, dont il mourra après une longue agonie en 1843.

Orange and Yellow - Mark Rothko

Orange and Yellow – Mark Rothko

Ainsi, on voit que dans cette pièce, malgré la volonté de Castellucci de faire vivre une expérience au spectateur, (ce qu’il fait avec les lumières, le son très fort et les images impressionnantes), rien n’est gratuit et tout semble se faire sens. Dans cette pièce on a un leitmotiv, celui de l’incompréhension, du rejet social (Empédocle est banni, la guerre éclate contre les confédérés et l’union, Jésus est condamné à mort, procès contre Rothko lors duquel il est condamné) et de la destruction

Le Voile Noir du Pasteur, un autre spectacle de Castellucci.

Le Voile Noir du Pasteur, un autre spectacle de Castellucci.

(le suicide d’Empédocle et Rothko, la mise à mort de Jésus, et la défaite des confédérés). Le tout à cause d’un idéal, d’une pensée ou d’une esthétique très forte. Mais cette destruction fait écho à l’image que Castellucci se fait de la peinture de Rothko : une porte vers un ailleurs. La mort est un passage vers l’inconnu, comme le trou noir qui semble être l’exemple concret de cette image, par analogie. Mais le motif de l’inconnu est aussi une chose qui revient dans l’oeuvre de Castellucci en elle même. The four Seasons Restaurant est la troisième pièce d’un cycle composé Du voile noir du Pasteur (dans lequel l’inconnu c’est ce que cache se voile) et Sur le concept du visage du fils de Dieu (où l’inconnu c’est la volonté de Dieu). Dans The Four Seasons Restaurant, l’inconnu c’est ce trou noir. Et la mort. L’autre idée sous laquelle on peut rassembler ces trois pièces, c’est aussi l’image du rejet et de la solitude : le rejet de l’artiste ou de la personne de pensée (Rothko, Empédocle etc.), la volonté de cacher son visage et donc le rejet des autres et la solitude et enfin la solitude du père et de son fils, livré à la fatalité. L’image de la religion est donc très marquée elle aussi chez Castellucci.

Sur le concept du visage du fils de Dieu, autre spectacle de Castellucci.

Sur le concept du visage du fils de Dieu, autre spectacle de Castellucci.

Critique PinkPunk Cirkus -Joël Jouanneau

Pièce de théâtre contemporain pour la jeunesse.

Pièce de théâtre contemporain pour la jeunesse.

Situé en Ardoisie, proche de la vaste pampa, Pink, Punk, Manouch et Ficelle sont un peu comme les enfants perdus de Neverland. Faisant leur cirque, l’Apache (Punk) et la Grande (Pink) racontent l’abandon de leur mère avec leurs mots d’enfants. On apprend qu’ils ont été rejoint par Manouch et Ficelle lors de leur récit. Eux aussi seuls et sans adultes. Le livre commence sur une longue didascalie poétique et intrigante. Il donne le ton de la pièce, un ton poétique, rythmé ou les jeux de langages ont une place importante. Tout est dans le recul, dans l’épicisation : les personnages ne sont pas dans l’action, ils sont dans la narration. Ce procédé permet à Joël Jouanneau un véritable travail sur la langue, jouant des erreurs des enfants (le Gros Madaire, la surcopulation), leurs incompréhension (comme avec le mot éternel), les expressions toutes faîtes (Ficelle serait né de la dernière pluie : il est arrivé la veille) ou encore les moyens mnémotechnique avec Ornicar.

Cette langue permet de raconter, sans pathos, l’abandon, qui est un phénomène douloureux dans la vie d’un enfant, avec un détachement assez remarquable. Au contraire, le livre tend à montrer que justement la vie continue. Ces enfants sont isolés, mais ils sont ensemble et ils continuent à faire leur cirque. D’ailleurs, dès le départ, lorsqu’ils parlent de leur mère, ils ne l’appellent pas maman, mais la vieille Agapée. Il y a une prise de distance, qui permet d’orienter plus la pièce vers la suite : ils se proclament majeurs et vont aller faire leur cirque dans la vaste Pampa. Et pour se faire, ils travaillent leurs numéros. Des numéros sans animaux, où le jeu se fait sur les mots.

Les liens entre les personnages aussi sont travaillés, tandis que Punk prend les devant et dirige, Pink le suit (il la rassure), Manouch signe un contrat pour danser et jouer du banjo (elle est parfaitement intégrée) et Ficelle, lui, est sans cesse repris par ses camarades. En effet, il est arrivé de la veille et veut prendre par à la narration, mais on lui rappelle sans cesse qu’il n’était pas là. C’est un aspect humoristique qui rappelle la volonté des enfants d’attirer l’attention sur eux. Des enfants qui d’ailleurs, se disent majeur : à travers cette image, on voit que l’abandon fait grandir plus vite l’abandonné. La figure du père est totalement absente. Mais on peut voir en Ficelle un personnage de la providence. Il n’y a pas de suspense, dès le début on sait que la mère ne reviendra pas. Elle part par le bout du bout de la fin du chemin de ce coin perdu, ce qui renforce l’isolement de Pink et Punk, d’ailleurs la vespa sur laquelle elle s’en va est rouge, ce qui peut évoquer l’étoile du Berger, qui est rouge elle aussi. Les enfants perdent leur guide. Mais on apprends que Ficelle arrive sur cette même Vespa rouge. Et il deviendra l’administrateur du PinkPunk Cirkus.

Il y a aussi un comique subtil qui est développé tout au long de la pièce : les remontrances de Ficelle qui reviennent, les maladresses de langages (le gros madaire), ou encore, des petits gags comme lorsque Manouch explique que pour le banjo, elle ne sait jouer que d’une corde et que sept notes, s’en est toujours six de trop. Mais qu’en revanche elle sait jouer des maracas. Car c’est dans un univers hispanique que nous sommes plongés : avec la séguedille, la pampa, les maracas… Ce qui ajoute au dépaysement déjà marquant de la pièce. Le livre se termine, lorsque tous décident de faire leur cirque en ville. Ficelle devient la grosse voix. Et ils finissent par faire le spectacle et gagner de l’argent, mais on voit que ce n’est pas ce qu’ils recherchent. Ils arrivent à être heureux, malgré l’abandon de leur mère. Malgré leur isolement et malgré leur solitude. Jouanneau réussi donc le pari d’écrire une pièce sur le thème douloureux de l’abandon, mais sans entrer dans pathétique, de manière très contemplative et surtout très poétique, ce qui fait de cette histoire, une très jolie aventure. Une allégorie qui donne de l’espoir : on voit que les enfants réalisent leurs rêves, même s’ils ont été abandonnés par leur mère.